London river

Juillet 2005, un attentat terroriste frappe Londres. Cinquante-sept personnes sont tuées par la terreur aveugle. Elisabeth, qui vit à Guernesey, apprend la nouvelle et essaie en vain de joindre sa fille, étudiante dans la capitale. Déchirée entre l’espoir et l’angoisse, elle se rend à Londres où elle croise le chemin d’Ousmane, qui lui aussi tente de retrouver son fils dont il n’a pas de nouvelle…

Au départ London river est un téléfilm commandé à Rachid Bouchareb par Arte.

La bonne réputation de ce film lui valut une nomination au festival de Berlin  ou  Sotigui Kouyate (acteur fétiche de Peter Brook ) obtenu le prix d’interprétation masculine.

La force du film est de nous faire partager le destin de deux personnes  déracinées, des exilés de la vi(ll)e;  Celui d’Elizabeth

(Brenda Blethyn) qui quitte son existence paisible à Guernesey et celui d’Ousmane, un garde-forestier Malien qui travaille en France.

Elles vont jouer au chat et à la souris, subissant  la loi des attractions; d’abord le rejet de l’autre, la peur  de l’inconnu, pour enfin comprendre que l’un est « utile » à l’autre.  Ces 2 destins vont se croiser et rentrer en collision dans l’angoisse de l’attente et l’expectative de nouvelles  de leurs enfants.

Cette recherche personnelle se transformera en  une recherche communautaire.

Même si ce (télé)film devient par moment fort prévisible, il en reste quand même un bon moment grâce à  l’interprétation aérienne des acteurs.

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Femmes femmes : Paul VECCHIALI

Dévisagé par les regards inquisiteurs ou langoureux des Dietrich, Garbo et autres Morgan épinglés sur les murs d’un appartement parisien, le spectateur s’invite au beau milieu d’une tragi-comédie à laquelle se livrent deux femmes d’âge mûr.

Hélène Surgère et Sonia Saviange étalent leurs manières autant que leur déchéance, discutaillent durant de longs plans-séquences entre deux chansons ou deux coupes de champagne. Si l’une se veut plutôt lucide sur leur sort, l’autre maintient un semblant d’espoir et d’illusions. Le tragique s’oppose au comique comme l’appartement lui-même se veut partagé entre l’ombre et la lumière (sous l’œillade funeste du cimetière Montparnasse). Sans aucune amertume ni cruauté, ces carrière ratées n’étalent aucun pathos induit par un quelconque passéisme plombant. Vecchiali aime trop ses actrices pour les accabler ou les noyer sous de chaudes larmes. Point de chant du cygne donc, mais plutôt un cri du cœur empli d’empathie et d’amour.

Véritable film dans le film, Femmes femmes relève de multiples genres tout en aspirant le spectateur dans sa propre dimension à la fois infinie et utopique.

Ni militant (le film se veut implicitement associable) ni commercial, ce troisième long métrage de Paul Vecchali garde en lui cette intemporalité dont peuvent s’enorgueillir les plus grands chefs-d’œuvre.

Lors de sa projection au Festival de Venise en 1974, Pier Paolo Pasolini tombera sous le charme du film et de ses deux actrices. Il les embauchera d’ailleurs pour tourner dans son célèbre Salo ou les 120 journées de Sodome où elles rejoueront une scène de Femmes femmes. Reconnaissant par ailleurs le savoir-faire de Vecchiali, le cinéaste transalpin lui proposera même de co-réaliser un film ensemble. Ce projet ne se fera hélas jamais, Pasolini décédant tragiquement quelques années plus tard.

Si les réalisations suivantes de Vecchiali varieront en qualité, elles seront toujours marquées par les mêmes préoccupations formelles (importance de l’espace) et subjectives (les passions, la sexualité,…) qui ont érigé ce film au rang des chefs-d’œuvre.

Paul VECCHIALI : « Femmes femmes »

(France, 1974)

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Michaël Avenia

Boy A

Jack sort de prison alors qu’il y a passé toute son adolescence. Enfant, il a tué une jeune fille; un fait divers tragique qui a marqué l’Angleterre. Une chance s’offre à lui, celle d’un nouveau départ, celle d’une nouvelle vie. Mais il doit changer de nom et se créer un passé « respectable ». Un assistant social l’accompagne, Terry. Il lui trouve une maison, un travail. Mais Jack a l’impression de tricher, de mentir car il ne peut révéler à ses collègues ou amis, et à la fille dont il tombe amoureux, la vraie nature de son passé…

Librement inspiré d’un fait divers tragique, Boy A aborde le thème très difficile de la rédemption, le pardon des autres mais aussi à soi-même,  sans tomber dans le pathologique et dans le bon sentiment à deux sous.

John Crowley aborde aussi un autre thème casse-gueule, celui de  l’environnement  familial et de son influence sur le comportement.

Ce film est une réussite tant au point de vue visuel, narratif et  émotionnel.

BOY A

John CROWLEY

VO AN st.FR. Durée :100′.
HOME SCREEN, 2007, Grande-Bretagne.

Thierry Moutoy

Le monde vivant : Eugène GREEN

Eugène GREEN : « Le monde vivant »

(France/Belgique, 2003)

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S’inspirant très librement des chansons de gestes et des contes populaires, de Chrétien de Troyes à Charles Perrault, Eugène Green redécouvre le Cinéma en tant que mode d’expression et lui insuffle une nouvelle jeunesse.

À la fois épuré et d’une grande liberté de ton, Le monde vivant laisse le langage développer la pleine mesure de son pouvoir d’objectivation et, à travers la diction blanche et résolument neutre des acteurs, il s’affranchit de tout a priori trompeur. Ainsi le spectateur peut-il découvrir un lion sous la toison d’un labrador ou voir une cotte de mailles en lieu et place d’une simple chemise. La parole devient donc cette force divine qui libère l’essence de toute chose du paraître qui les emprisonne. Elle nous fait découvrir une réalité que nous ne soupçonnions même pas.

Très loin de ce qui pourrait être du théâtre filmé, poseur et intellectualisant, le film se déroule sur un ton proche de la comédie que les anachronismes voulus ne font que renforcer. Mais plutôt que d’anachronisme, il conviendrait mieux de parler d’intemporalité. Car le film se conjugue au présent, celui qui combine à la fois son passé et son devenir pour le rendre vivant, voire immortel.

Révélateur de l’imaginaire et du pouvoir d’abstraction de tout un chacun, ce monde vivant garde les pieds sur terre et la tête dans les nuages. La caméra alterne ainsi la captation du tangible et de l’immatériel, du concret et de l’imagé. Discrète autant que complice, elle prend part à cet exercice langagier avec beaucoup de malice et d’à propos. Aucun plan ne manque, aucun n’est superflu. Et s’il elle nous montre ce qu’elle veut bien dévoiler, c’est aussi – et surtout – pour nous parler de ce qu’elle occulte sciemment.

Avec ce film à la fois humble et ambitieux, Eugène Green ouvre grandes les portes de la liberté créatrice et laisse augurer un futur rayonnant pour l’histoire du Septième Art.

Michaël Avenia

Ce jour-là

Ce jour-là: Raoul RUIZ

Cinéaste prolifique, mais hélas trop peu (re)connu, Raoul Ruiz investit ici le territoire suisse – symbole de neutralité par excellence – pour y planter la graine de son exquise singularité. A la croisée des chemins, à la fois comédie, conte macabre ou thriller noir, Ce jour-là se savoure avant tout comme une poésie acidulée. Aussi riche émotionnellement que structurellement, il ne se laisse pas facilement saisir, joue à cache-cache avec le spectateur et réapparaît là où on l’attend le moins.

Usant d’un sens précis et surprenant du cadrage, Ruiz développe une symbolique polymorphe et déroutante. Les mots deviennent même le réel enjeu du film dont la « solution » se trouve sise dans une grille de mots-croisés. Le langage, ici surexpressif ou au contraire très littéral, y trouve un vivier très riche où il peut exprimer des formes et des finalités variées. Personnage clé de cette fable peu commune, il est utilisé avec beaucoup d’originalité et la curieuse monotonie de ses vocables porte la quasi entièreté des effets comiques et/ou dramatiques.

Entre deux promptes paroles, raison et folie s’affrontent, enfantées par un manichéisme tellement évident qu’il se noie au milieu des acteurs aux poses maniéristes (au sens artistique, j’entends). De Bernard Giraudeau (ici en tueur psychotico-diabétique) à Elsa Zylberstein, folle ingénue amoureuse des anges, en passant par Jean-Luc Bideau ou Michel Piccoli, tous trouvent un rôle à la mesure de leur talent et imprègnent le film de leur jeu tout en décalage et en légèreté .

Loin de se tenir à une comédie surréaliste poseuse et théâtrale, Raoul Ruiz profite de ses effets de mise en scène pour distiller en filigranes quelques attaques en règle contre toute forme de dictature et égratigne également au passage une modernité abrutissante et omniprésente. En effet, sous le couvert d’un pastiche cinématico-littéraire (des films noirs aux romans de Dürrenmatt), il présente une œuvre qui critique la banalisation du mal ou encore stigmatise l’omnipotence de certains Etats (car « c’est Dieu qui décide » nous répète-t-il).

Une fois de plus, le cinéaste chilien réussit un film harmonieux et atypique, au charme immédiat et insolite. Œuvre à tiroirs qui tient autant de la mécanique de précision que de la poésie candide et révolutionnaire, Ce jour-là mérite bien plus qu’un œil distrait ou qu’une oreille mollassonne pour révéler pleinement toutes ses saveurs.

CE JOUR-LÀ

Raoul RUIZ

Pochette VC1346.

VO FR. Durée :105′.
DIVERS, 2003, France, Suisse.

Michaël Avenia

Lake Tahoe

En deux plans panoramiques envahis par la pâle lumière mexicaine le ton du film est donné. Tout y sera minimaliste, réduit à sa plus simple expression. Un fond noir et quelques sons environnants relient ses deux tableaux à la beauté aveuglante. Une voiture encastrée dans un poteau électrique, un adolescent en sort. Il part aussitôt à la recherche d’un mécanicien pour l’aider à reprendre sa route. Les plans fixes se succèdent entre deux clignements d’yeux fatigués par le lourd soleil qui enclume. L’adolescent les traversent sans s’y attarder, des façades matraquées d’inscriptions et de lumière en guise d’arrière plan. La caméra s’attarde alors sur ces décors vidés d’animation. On s’attend à voir réapparaître le jeune homme. Il n’en sera rien. Tout est épuré à l’extrême, de l’argument scénaristique de départ à la mise en scène. Et pourtant rien n’est simple. D’une situation anodine vont naître des rencontres parfois insolites, souvent tendres. Petit à petit le dispositif fait sens; le procédé pictural joue sur les répétitions pour rythmer le récit, les rencontres a priori anecdotiques s’imbriquent et agissent comme un révélateur de l’intrigue. Ces personnages tantôt drôles tantôt émouvants vont l’aider non seulement à remettre la voiture du jeune homme (Juan) en état, mais aussi et surtout à panser ses blessures. Ils vont l’aider à assumer ses problèmes, à ne pas fuir la réalité qui semble le faire souffrir et ainsi pourra-t-il reprendre son chemin.

Le titre du film en lui-même est une mise en abîme: car contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’action ne se déroule nullement au lac Tahoe. Celui-ci n’est figuré qu’au travers un autocollant apposé sur la carrosserie de la voiture. Il ne représente qu’un morceau de rêve, un népenthès illusoire qui désolidarise Juan du monde tangible si cruel à ses yeux.

Directement inspiré des films burlesques dans se gestion des cadrages et de l’image, ce nouveau long métrage du réalisateur mexicain Fernando Eimbcke (à qui l’on doit notamment le très réussi Temporada de patos) traîne son mystère et ses fantômes entre sourires et larmes. Son récit se dévoile en apesanteur; parfois semble-t-il être un mauvais rêve qui perdure encore après le réveil. Pas de musique, seuls les sons extérieurs nous rappellent que la vie habite les lieux.

A l’instar de Temporada de patos, Lake Tahoe est un film dénué de tout artifice. Tous deux puisent leur force de leur composition visuelle autant que de leurs silences. Seule compte l’histoire. Le dispositif mis en place ne sert qu’à la mettre en valeur, à la magnifier. La mise en scène se fond complètement dans le récit jusqu’à devenir partie intégrante et indivisible du propos. En outre elle rend les émotions palpables sans les exposer aux risques pervers d’un pathos forcé. Les blessures ou les réconforts ponctuels se devinent plus qu’ils ne s’exhibent.

Tout au long d’un récit horizontal mais faussement linéaire,  Lake Tahoe se révèle un film candide mais non dénué d’ambition qui pose clairement la limite entre simplicité et simplisme.

Fernando EIMBCKE: « Lake Tahoe »

(Mexique, 2008)

Michael Avenia

Blindness

2015, dans une ville des Etats-Unis  une maladie étrange à fait son apparition, une épidémie de cécité se propage en moins d’une semaine.

le nouveau mal baptisé la « blancheur lumineuse » touche 90% de la population sans distinction d’age ni d’ethnie, parmi les 10 % restant une  femme (Julianne Moore) va se faire passer pour malade pour accompagner son mari (Mark Ruffalo). Par la même occasion elle va jouer le rôle de Saint-Bernard pour un groupe d’aveugles.

Blindness est un film d’anticipation adapté du livre «L’aveuglement» de José Saramago, prix nobel de littérature en 1998 et réalisé de main de maître par Fernando Meirelles ( la cité de Dieu, the constant gardener,…).

Après une introduction assez classique, le climax s’installe et le  film bascule dans la noirceur humaine qui s’apparente à une véritable descente aux enfers.

Point de vue technique Mereilles nous fait ressentir l’aveuglement avec des effets de lumières et un travail sur le son éblouissant.

Blindness est un film surprenant et prenant sur le thème de l’enfermement, de la prise de pouvoir et de la condition humaine.

BLINDNESS

Fernando MEIRELLES

VO AN st.FR. Durée :121′.
DIVERS, 2008, Canada, Brésil, Japon.

T.M