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Femmes femmes : Paul VECCHIALI

Dévisagé par les regards inquisiteurs ou langoureux des Dietrich, Garbo et autres Morgan épinglés sur les murs d’un appartement parisien, le spectateur s’invite au beau milieu d’une tragi-comédie à laquelle se livrent deux femmes d’âge mûr.

Hélène Surgère et Sonia Saviange étalent leurs manières autant que leur déchéance, discutaillent durant de longs plans-séquences entre deux chansons ou deux coupes de champagne. Si l’une se veut plutôt lucide sur leur sort, l’autre maintient un semblant d’espoir et d’illusions. Le tragique s’oppose au comique comme l’appartement lui-même se veut partagé entre l’ombre et la lumière (sous l’œillade funeste du cimetière Montparnasse). Sans aucune amertume ni cruauté, ces carrière ratées n’étalent aucun pathos induit par un quelconque passéisme plombant. Vecchiali aime trop ses actrices pour les accabler ou les noyer sous de chaudes larmes. Point de chant du cygne donc, mais plutôt un cri du cœur empli d’empathie et d’amour.

Véritable film dans le film, Femmes femmes relève de multiples genres tout en aspirant le spectateur dans sa propre dimension à la fois infinie et utopique.

Ni militant (le film se veut implicitement associable) ni commercial, ce troisième long métrage de Paul Vecchali garde en lui cette intemporalité dont peuvent s’enorgueillir les plus grands chefs-d’œuvre.

Lors de sa projection au Festival de Venise en 1974, Pier Paolo Pasolini tombera sous le charme du film et de ses deux actrices. Il les embauchera d’ailleurs pour tourner dans son célèbre Salo ou les 120 journées de Sodome où elles rejoueront une scène de Femmes femmes. Reconnaissant par ailleurs le savoir-faire de Vecchiali, le cinéaste transalpin lui proposera même de co-réaliser un film ensemble. Ce projet ne se fera hélas jamais, Pasolini décédant tragiquement quelques années plus tard.

Si les réalisations suivantes de Vecchiali varieront en qualité, elles seront toujours marquées par les mêmes préoccupations formelles (importance de l’espace) et subjectives (les passions, la sexualité,…) qui ont érigé ce film au rang des chefs-d’œuvre.

Paul VECCHIALI : « Femmes femmes »

(France, 1974)

VF0446

Michaël Avenia

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